Nos études

Responsabiliser les juges pour mieux rendre justice « au nom du peuple français »

Nos études
octobre 2026
CONTRIBUTEURS
Stanislas Dufour et Jules Robin
Temps de lecture
30 minutes

Notre analyse

Gouvernée par le Conseil supérieur de la magistrature (CSM), le corps de la magistrature n’a reçu que dix sanctions réelles en deux ans pour un corps regroupant près de 9 000 personnes. Le régime de responsabilité (civile, disciplinaire, pénale) existe sur le papier mais demeure peu effectif. Cette fermeture procède de la gouvernance du CSM, dont la majorité de membres extérieurs est largement fictive et dont la commission d’admission des requêtes filtre les plaintes entre pairs. La probité de l’ensemble des magistrats n’est pas en cause, c’est l’incapacité du dispositif à déterminer la défaillance qui l’est.

Recruté à 24 ans en vase clos et promu à l’ancienneté, les magistrats font carrière sans aucun contrôle effectif, alors que la confiance des Français envers le système judiciaire plafonne à 35%. Le premier concours a fourni 86% des lauréats de 2025, réservé de fait à de jeunes diplômés, tandis que les deuxième et troisième concours (passerelles pour les profils expérimentés) n’ont pourvu que 46 (soit 12% des admis) des 144 postes offerts (31% des postes). Là où des voisins européens et anglo-saxons conditionnent l’accès à la magistrature par des années d’expérience professionnelle, la France nomme des juges sans expérience préalable. Une fois intégré, le magistrat est évalué tous les deux ans sur des critères comportementaux non objectivés selon une échelle qui ne distingue pas la performance moyenne de la défaillance grave. Sa promotion se fait à l’ancienneté et son siège est protégé par le principe d’inamovibilité.

Les écarts de délais entre juridictions ne s’expliquent pas par les moyens mais par la mauvaise gestion sans contrôle des magistrats : à charge comparable, certains tribunaux accélèrent le traitement quand d’autres s’enlisent. Sur les 157 tribunaux judiciaires de France métropolitaine, la corrélation entre l’évolution de la charge par magistrat et celle des délais est quasi nulle entre 2022 et 2025. Le facteur déterminant se situe donc dans le pilotage de l’activité.

L’affaire Lyhanna l’a illustré en juin 2026 : une procédure criminelle urgente transmise par voie postale sans signalement, réceptionnée sans circuit dédié, traitée comme un courrier ordinaire.

Nos chiffres

10
sanctions disciplinaires, dont 2 révocations, prononcées en deux ans pour 9 000 magistrats, contre 89 au Royaume-Uni sur la seule année 2025.
98
%
des 4 220 plaintes de justiciables déposées de- puis 2011 jugées irrecevables ou infondées avec une seule sanction, un blâme en 2024.
86
%
des 373 admis à l’ENM en 2025 issus du premier concours, pour un âge moyen de 24 ans et sans aucune expérience professionnelle exigée.
82
%
des membres du CSM sont des magistrats eux- mêmes, ce qui démontre la dérive corporatiste dans la gestion de la magistrature. Parmi les 8 personnalités extérieures à la magistrature, censées représenter le contrôle citoyen de l’institution, 4 sont en réalité d’anciens magistrats.

Nos solutions

  • Responsabiliser le juge suppose un organe disciplinaire extérieur au corps, une faute codifiée et une action récursoire effective. Il est proposé de confier la discipline à un organe indépendant de la magistrature ; d’adopter un véritable code de déontologie et de discipline assorti d’une échelle graduée de sanctions ; de rendre l’action récursoire effective par une saisine automatique après toute condamnation de l’État au titre de l’article L. 141-1 du code de l’organisation judiciaire ; et de garantir au CSM une majorité réelle de non-magistrats, doublée du scrutin uninominal pour rompre le verrou syndical.
  • Recréer la confiance passe par une réforme du corps : formation extérieure, carrières élargies et participation citoyenne. Il est proposé d’imposer neuf mois d’immersion hors de l’institution judiciaire avant la prise de fonction, par substitution aux stages en juridiction et non par allongement de la scolarité ; de conditionner l’inscription au premier concours à trois années d’expérience dans un métier du droit ; de porter à 25% des postes les voies ouvertes aux professionnels expérimentés, en déplaçant le contrôle de recevabilité en amont des épreuves ; de créer une passerelle pour les officiers supérieurs et les commissaires de police ; d’ouvrir la commission d’avancement en modifiant son scrutin et d’adosser l’évaluation à des indicateurs opposables ; enfin d’introduire une dose d’échevinage dans le contentieux correctionnel.
  • Uniformiser les pratiques exige des lignes directrices nationales et un pilotage par la donnée. Il est proposé de diffuser au niveau national des lignes directrices de procédure et des barèmes indicatifs sur la gestion des stocks, le calibrage des audiences et les délais de mise en état, strictement circonscrits au pilotage de l’activité ; et d’anticiper l’ouverture des décisions pénales en open data, préalable et non aboutissement du pilotage de la chaîne pénale. Aucune de ces mesures ne touche au sens de la décision juridictionnelle.

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