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Arrêts maladie : l’épidémie qui saigne la sécurité sociale

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avril 2026
CONTRIBUTEURS
Jules Robin et Louise Baroin
Temps de lecture
25 minutes

Notre analyse

Le système français d’indemnisation des arrêts maladie connaît une dérive financière structurelle qui saigne la sécurité sociale. Leur coût dépasse désormais 32 milliards d’euros par an, soit la moitié du budget de l’Éducation nationale. En dix ans, les arrêts maladie du secteur privé ont augmenté de deux tiers. Les facteurs démographiques ou économiques ne suffisent pas à expliquer cette hausse, qui résulte dans 40 % des cas de l’augmentation du recours aux arrêts et de leur durée, ce qui met en évidence des failles profondes de contrôle et un système très déresponsabilisant.

À elle seule, la fonction publique concentre 36 % des dépenses d’indemnités journalières, alors qu’elle ne représente que 22 % des emplois. Au sein de la fonction publique, les agents de la territoriale s’absentent trois fois plus que les agents de l’État, et dans la fonction hospitalière, le personnel non-médical est quatre fois plus absent que le personnel médical, qui est pourtant le plus exposé, et qui s’absente encore moins que les agents de l’État. Ces données restent largement opaques en l’absence de publication annuelle consolidée, ce qui constitue un véritable angle mort démocratique.

Dans le secteur privé, le financement partagé entre l’Assurance Maladie, les employeurs et les complémentaires dilue les responsabilités, car dans les faits, 7 salariés sur 10 ne subissent aucune perte de revenu en cas d’arrêt maladie. Cette situation incite aux abus : en 2023, sur 1,2 million de contrôles, 30 % des arrêts examinés ont été jugés injustifiés.

Nos chiffres

31,6
Mds€
le coût total estimé des indemnités journalières en 2023, soit 16 % de la branche maladie du budget de la sécurité sociale, en additionnant les dépenses du régime général (20,5 Mds€, 65 %) et celles de la fonction publique (11,1 Mds€, 35 %).
40
%
de l’augmentation des arrêts maladie sont dus à la hausse du taux de recours et à l’allongement de la durée des arrêts, et le rythme s’accélère : la croissance annuelle des indemnités journalières maladie a doublé entre 2019 et 2023 (passant de +2,9 % d’augmentation à +6,3 %).
35
%
du coût global des arrêts pour le contribuable sont représentés par les fonctionnaires, alors qu’ils ne comptent que pour 22 % des salariés.
30
%
des arrêts contrôlés sont jugés injustifiés, sur une base de 1,2 M de contrôles effectués en 2023.

Nos solutions

  • Rapprocher le système français des modèles suédois et allemand en faisant supporter à l’entreprise le coût des arrêts de moins de 7 jours (14 jours en Suède, 6 semaines en Allemagne), en contrepartie d’une baisse correspondante des cotisations sociales, soit 500M€. Cette mesure permet une forte réduction de charge et fait bénéficier les entreprises des gains de productivité liés à la baisse du nombre d’arrêts.
  • Mettre en place un jour de carence «d’ordre public» et universel, qu’il serait interdit de compenser par des mutuelles ou des accords d’entreprise, afin de restaurer son caractère dissuasif. Cette mesure nous aligne sur nos voisins (3 jours de carence en Espagne) et a prouvé son efficacité dans l’Éducation Nationale où le rétablissement d’un jour de carence a fait baisser la fréquence des arrêts de 23%.
  • Centraliser, croiser et piloter spécifiquement toutes les données de santé liées aux arrêts maladie, et les analyser automatiquement par IA, pour identifier et sanctionner automatiquement les fraudes et pratiques abusives, qu’elles aient lieu au niveau de l’assuré ou du prescripteur. A titre d’exemple, le suivi spécifique par l’Assurance Maladie de 1 000 prescripteurs “atypiques” en 2024 a fait baisser de 30% le nombre de jours d’arrêts de travail prescrits).

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