Le système français d’indemnisation des arrêts maladie connaît une dérive financière structurelle qui saigne la sécurité sociale. Leur coût dépasse désormais 32 milliards d’euros par an, soit la moitié du budget de l’Éducation nationale. En dix ans, les arrêts maladie du secteur privé ont augmenté de deux tiers. Les facteurs démographiques ou économiques ne suffisent pas à expliquer cette hausse, qui résulte dans 40 % des cas de l’augmentation du recours aux arrêts et de leur durée, ce qui met en évidence des failles profondes de contrôle et un système très déresponsabilisant.
À elle seule, la fonction publique concentre 36 % des dépenses d’indemnités journalières, alors qu’elle ne représente que 22 % des emplois. Au sein de la fonction publique, les agents de la territoriale s’absentent trois fois plus que les agents de l’État, et dans la fonction hospitalière, le personnel non-médical est quatre fois plus absent que le personnel médical, qui est pourtant le plus exposé, et qui s’absente encore moins que les agents de l’État. Ces données restent largement opaques en l’absence de publication annuelle consolidée, ce qui constitue un véritable angle mort démocratique.
Dans le secteur privé, le financement partagé entre l’Assurance Maladie, les employeurs et les complémentaires dilue les responsabilités, car dans les faits, 7 salariés sur 10 ne subissent aucune perte de revenu en cas d’arrêt maladie. Cette situation incite aux abus : en 2023, sur 1,2 million de contrôles, 30 % des arrêts examinés ont été jugés injustifiés.
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