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Inflation pénale : quand le droit étouffe la justice

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octobre 2026
CONTRIBUTEURS
Stanislas Dufour et Louise Baroin
Temps de lecture
45 minutes

Notre vision

En 15 ans, la liste des comportements pouvant être punis par la loi a augmenté de 45%, pour atteindre 17 168 en 2026. Dans le même temps, 99% de ces infractions ne sont pas mobilisés dans les condamnations en France en 2024.

L’inflation pénale a rendu le droit plus difficile à connaître, à manier et à faire respecter alors qu’il est aujourd’hui dispersé dans 52 codes différents. Cette fragmentation oblige les professionnels à rechercher et à croiser plusieurs textes pour déterminer ce que la loi interdit et quelle peine elle prévoit.

L’extension du périmètre du droit pénal a également été accompagnée par une complexification croissante de la procédure qui l’encadre. Le code de procédure pénale a triplé de volume en 26 ans et a été modifié par 79 lois depuis 2000, soit une réforme tous les 4 mois en moyenne.

Les régimes particuliers et les exceptions se sont accumulés, parfois au gré de faits divers et de réformes contradictoires, jusqu’à rendre les règles difficiles à comprendre, à anticiper et à appliquer. Cette complexité multiplie les risques d’erreurs et de nullités, allonge la durée des enquêtes et détourne les policiers, les magistrats et les greffiers de leurs missions essentielles. La procédure absorbe 30 à 40% du temps des magistrats et jusqu’à 80% du temps des enquêteurs et ce temps consacré au respect de la forme n’est consacré ni au terrain, ni à l’enquête, ni au jugement.

La réécriture à droit constant de la partie législative du code de procédure pénale, achevée en 2025, constitue une première étape nécessaire. Mais réorganiser les règles existantes ne suffira pas à enrayer leur accumulation. Il faut désormais tarir le flux des normes nouvelles, supprimer les interdictions pénales devenues inutiles, simplifier le cadre des enquêtes et accélérer le traitement des affaires les moins complexes pour désengorger une chaîne pénale à bout de souffle.

Nos chiffres

+207
%
c’est l’augmentation du nombre de mots du code de procédure pénale entre 2000 et 2026, son volume ayant plus que triplé en 26 ans.
+45
%
c’est l’augmentation, en 15 ans, du nombre de catégories de comportements pouvant être punis par la loi : 17 168 sont recensées en 2026, contre environ 11 800 en 2011.
52
codes
contiennent aujourd’hui des dispositions pénales et trois quarts des catégories de comportements punissables sont définies entièrement en dehors du code pénal.
1
réforme tous les 4 mois
c’est le rythme moyen auquel le code de procédure pénale a été modifié depuis 2000, avec 79 lois adoptées en 26 ans.

Nos solutions

  • Supprimer 2 normes pour 1 norme créée. Toute création d’une nouvelle interdiction pénale ou d’une nouvelle règle de procédure devrait être compensée par l’abrogation de deux dispositions existantes de même nature. Ce principe de « one-in, two-out » contraindrait le législateur à hiérarchiser ses priorités et empêcherait toute nouvelle augmentation nette du volume du droit pénal.
  • Diviser par 2 le nombre d’infractions d’ici à 2030. Une commission indépendante, composée de magistrats, d’avocats et d’universitaires, passerait en revue les 17 168 catégories actuellement recensées afin de distinguer celles qui doivent être conservées de celles qui sont redondantes, obsolètes ou devenues inutiles. Le Bureau d’abrogation des lois anciennes inutiles du Sénat serait chargé de traduire ce travail en suppressions effectives.
  • Unifier les conditions de recours à des techniques d’enquête spécialisées. La demande de recours à des techniques spéciales d’enquête pourrait être autorisée quand la loi prévoit au moins 3 ans d’emprisonnement pour les faits sur lesquels porte l’enquête, tout en maintenant des autorisations proportionnées au caractère intrusif de chaque technique.
  • Évacuer les nullités le plus tôt possible. Les requêtes en nullité devraient être déposées dans un délai d’un mois à compter de la connaissance effective de l’acte contesté. Une partie ne pourrait en outre obtenir l’annulation d’un acte en invoquant une irrégularité qu’elle aurait elle- même délibérément provoquée.
  • Accélérer le jugement des affaires simples ou reconnues. Le plaider-coupable serait ouvert aux crimes reconnus par leur auteur. Le recours à l’ordonnance pénale serait systématisé pour les délits simples déjà éligibles et l’amende forfaitaire étendue aux contraventions de cinquième classe les plus courantes. Les notifications et délais inutiles au cours de l’instruction seraient également réduits afin de réserver les audiences classiques aux affaires complexes ou contestées.

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