Malgré une progression significative de son budget passant de 6,9 Md€ en 2010 à 12,4 Md€ en 2025 (+80%), avec une accélération nette depuis 2018, la justice française n’est toujours pas au niveau des standards européens. En effet, sur le périmètre comparable établi par la Commission européenne pour l’efficacité de la justice (CEPEJ),elle ne consacrait encore que 0,2% de son PIB à la justice en 2022, contre 0,3% en moyenne européenne, soit une différence de 2,7 Md€ sur le périmètre étudié.
Derrière ce décrochage financier, trois blocages entravent le bon fonctionnement de l’institution. D’abord, le budget de la justice française est rigide, largement absorbé par les rémunérations, les pensions et des dépenses de guichet en forte croissance, ce qui fait de l’investissement de longue durée la variable d’ajustement. Ensuite, les moyens humains restent très inférieurs aux besoins, et ce aussi bien pour les magistrats que pour les greffiers et les surveillants, problème amplifié par une politique RH inefficiente à l’image des vacances judiciaires qui n’ont plus lieu d’être. Enfin, l’outil immobilier est arrivé à saturation, avec des tribunaux vieillissants et surtout près de 89k détenus pour seulement 64k places de prison.
La faiblesse de la justice française résulte avant tout d’un enchaînement de contraintes. Un budget encore inférieur aux standards européens est absorbé par des dépenses rigides, ce qui retarde les investissements ; le déficit d’effectifs réduit les capacités de traitement ; l’organisation du travail en diminue encore le rendement ; et la saturation immobilière et carcérale finit par empêcher matériellement l’institution d’absorber davantage d’activité.
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