Nos études

Refonder la démocratie locale en France

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avril 2026
CONTRIBUTEURS
Raphael Selignan et Jules Robin
Temps de lecture
30 minutes

Notre analyse

La crise du mandat municipal n’est pas une crise de vocation : c’est une crise de la démocratie locale. En effet, les maires sont juridiquement responsables de services qu’ils ne financent plus, d’agents qu’ils ne peuvent ni recruter librement ni gérer, de projets qu’ils ne peuvent plus conduire sans un marathon administratif long de plusieurs années. L’écart entre la charge qui leur incombe et les leviers dont ils disposent est donc devenu insoutenable.

Quatre verrous structurels s’auto-entretiennent. Premièrement, l’État a méthodiquement confisqué l’impôt local en quinze ans, taxe professionnelle, taxe d’habitation, CVAE, remplacés par des fractions de TVA décidées à Paris… de sorte que les communes ne contrôlent plus qu’à peine un tiers de leurs recettes. Ce n’est pas un problème financier, c’est un problème démocratique : sans impôt dont il maîtrise le taux, un maire ne peut ni être jugé sur sa gestion ni rendre compte de ses choix.

Deuxièmement, la masse salariale, verrouillée par le statut de la fonction publique territoriale, est trop rigide et trop coûteuse pour les employeurs locaux, qui en assument le coût sans maîtrise du point d’indice et sans levier managérial réel.

Troisièmement, l’empilement normatif transforme chaque projet, de la cantine scolaire à la station d’épuration, en un parcours de dizaine d’autorisations à obtenir et d’obligations à satisfaire, mobilisant des compétences juridiques et financières que les petites communes ne possèdent pas.

Quatrièmement, l’intercommunalité obligatoire, censée produire des économies d’échelle, a surtout produit des doublons : les effectifs des EPC ont augmenté de 48 % entre 2012 et 2021 sans que les communes ne réduisent les leurs.

Nos chiffres

35,8
%
c’est l’autonomie fiscale réelle du bloc communal en 2021, qui révèle que la décentralisation fiscale est un trompe-l’oeil institutionnel.
8,4
Md€
c’est le montant du dérapage budgétaire des collectivités par rapport à l’objectif de la loi de finances de 2024, en l’absence de tout mécanisme contraignant depuis la fin des contrats de Cahors.
47
%
c’est le taux d’augmentation des délais de passation des marchés publics entre 2011 et 2021, qui sont proches de 100 jours désormais.
50
%
c’est l’augmentation du nombre d’emplois dans les intercommunalités depuis 2012.

Nos solutions

  • Rendre aux maires le contrôle de leurs recettes. Une Contribution aux Services Publics Locaux (CSPL), à taux librement fixé par chaque commune, se substituerait à la fraction de TVA qui leur est versée et à une part de la DGF répartie par l’État sous plafond des 22 Md€ actuellement distribués. Cette baisse des dépenses fiscales et publiques pour l’État central doit impérativement être accompagnée d’une baisse équivalente de la fiscalité.
  • Redonner aux maires la maîtrise de leurs équipes. Le statut de fonctionnaire a vocation à être réservé aux seules fonctions régaliennes, et encore dans les communes qui le souhaiteront. L’intégralité des autres recrutements sera portée par la voie contractuelle.
  • Sortir les communes du labyrinthe administratif. Les communes de moins de 1 000 habitants doivent bénéficier d’une exemption normative de principe. Pour toutes les autres, les consultations urbanistiques seraient réservées aux projets à fort impact, le permis tacite systématisé, et les seuils de commande publique relevés à 80 000 € pour les services et 250 000 € pour les travaux.
  • Faire de l’intercommunalité un outil, pas une tutelle. Tous les statuts existants — communautés de communes, d’agglomération, métropoles, syndicats — seraient remplacés par un EPCI unique, volontaire et sans fiscalité propre, financé par contributions communales. Les compétences seraient librement choisies par les maires et réversibles tous les six ans.

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